dilluns, 31 de juliol de 2017

Mamie

Ma mameta, la sola qu'aimavi, defuntèt al mes de mai, vaquí lo tèxt que legiguèri per las funeralhas que se debanèron lo divendres d'abans lo segond torn de las eleccions presidencialas. 

Perdre sa grand-mère, c’est terminer d’écrire le livre de l’enfance et c’est le refermer ; on ne le rouvrira que plus tard, les larmes aux yeux et l’émotion chargée de souvenirs. 
Au plus loin que remontent mes souvenirs à Ardaillers, j’accompagne Mamie pour faire les courses au camion qui passait le matin en klaxonnant. Je l’accompagne aussi à l’épicerie «à l’autre village» où elle m’achetait des Danette. Aujourd’hui encore, les Danette ont pour moi le goût d’Ardaillers. Du plus loin que je me souvienne, je vois ma grand-mère affairée, pressée, telle une petite fourmi, à ouvrir ce placard de la cuisine si haut, à faire cuire sur cette cuisinière aujourd’hui changée, à s’affairer dans cette cuisine dans laquelle je l’ai toujours connue. En guettant l’heure, toujours. Assise à sa droite, prête à bondir et anticipant tout besoin, toute demande, s’épargnant ainsi toute remontrance. La maline! 
Du plus loin que je me souvienne, je vois ma grand-mère faire en douce : un petit billet, un coup de téléphone rapidos. Timing parfait, gestuelle parfaite pour ne pas se faire pécho par le grand-père. La maline! Ils sont tous deux partis sans que je sache si lui, il faisait semblant de ne pas voir ni de savoir ou si elle le bernait vraiment.  
Mais ce n’est pas de cette soumission d’une autre époque que je garderai souvenir de Mamie mais plutôt de son intelligence, de ses yeux bleus pétillants, de son rire spontané que les misères que lui a faites la vie n’avaient pas entamé. Un bon mot, une situation cocasse, et son rire discret mais franc sonnait. Cette intelligence n’allait pas sans sa curiosité pour tout. J’ai toujours connu Mamie vieille et elle incarnait pour moi cette expression « la vièlha voliá pas morir que totjorn apreniá ». De sa petite cuisine de sa petite maison dans son petit village, elle était au courant de tellement de choses, elle savait tellement de choses, quelle culture ! De son amour pour la lecture dont j’ai hérité, des conversations avec la famille, les voisins, les touristes, elle a appris de tout et de tous.  
Son humeur constante, sa petite voix, son rire, son intelligence, son regard éclairé, son intérêt pour tout et pour tous, j’aimerais qu’on retienne cela de Mamie.  
 Et en ces temps où dans notre pays, la bête immonde ressurgit, où le bruit des bottes que ma grand-mère et tant d’autres Cévenols n’ont que trop craint sous l’Occupation semble résonner à nouveau, où ceux qui n’ont pas la bonne religion sont accusés et montrés du doigt, en ces temps où beaucoup trop votent pour des pourfendeurs de haine et de racisme, rappelons-nous l’ouverture d’esprit de Mamie. Vieille, 92 ans, elle qui n’était presque jamais sortie de sa petite cuisine de sa petite maison dans son petit village si loin de tout, elle savait plein de choses et était ouverte à tout et à tous. De fait, j’en suis encore épatée. Une femme vit avec une femme? OK. Deux mecs adoptent un gamin? Ah ben ok. Pas de préjugés, pas de petite moue dubitative, pas de sous-entendus à la con, non, elle prenait les choses comme elles étaient et acceptait chacun dans sa différence.  
Consciente de l’histoire des protestants, ayant vécu l’occupation nazie, les scores beaucoup trop haut de la famille Le Pen et la résistible ascension de l’extrême droite l’inquiétaient vraiment. 


Douceur, humour, intelligence, ouverture d’esprit, sens politique, j’aimerais que Mamie soit un modèle pour notre societé, en tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’elle en est un pour moi.




2 comentaris:

Sylvie Berger ha dit...

Sabiái pas qu'aviás de rasigas dins lo canton, sas que mon grand es de l'Aigoal ? E pòdi portar lo meteis testimòni : la dubertera d'esperit d'aqueles raiòls, pasmens pichòtes demest los pichòtes.

Anònim ha dit...